L’examen en Médecine Traditionnelle Chinoise

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L’examen en médecine traditionnelle chinoise pourrait sembler pour le moins banal, assez facile de surcroît. Détrompez-vous, elle constitue une partie des plus importante dans le diagnostic. C’est à cet instant précis que le thérapeute mettra en valeur toute son expérience ainsi que son empathie pour poser les bonnes questions au bon moment.

Il existe un protocole « les quatre temps » pour récolter les symptômes du patient afin d’établir le bilan énergétique. Comme souvent en MTC, rien n’est immuable, « les quatre temps » est plus un guide donnant l’orientation nécessaire au thérapeute pour répondre à la demande du patient.

Les Quatre Temps

Le travail du thérapeute est de réaliser une véritable enquête de terrain. Il doit récolter les signes du patient et aussi ce qu’il ressent : les symptômes.

Pour les signes, c’est évident, un œdème sur la cuisse droite, un visage un peu pâle, un intestin un peu tendu… Le corps parle et ne ment pas, il s’exprime par des signes extérieurs et aussi intérieurs.

Les symptômes exprimés par le patient seront là pour confirmer ou au contraire réfuter la voie sur laquelle notre enquêteur s’est dirigé. Les symptômes peuvent être des maux de ventre, un mauvais appétit, un sommeil perturbé, de la fatigue après les repas, une gêne dans l’épaule… tout ce que ressent le patient.

La réunion de ces symptômes et de ces signes va permettre d’obtenir un tableau propre au déséquilibre du patient. Le but étant d’obtenir le syndrome du patient, bien qu’en pratique, plusieurs syndromes sont généralement liés les uns aux autres.

Mais, avant d’en arriver à ce stade, il est impératif de se concentrer sur cette collecte d’informations pour ne rien laisser passer. Ne pas voir une palpitation cardiaque ou un régime alimentaire inadapté remettrait en cause le diagnostic établi et donc l’efficacité des soins.

Alors, quels sont « ces quatre temps » ?

L’observation

L’observation est la première étape. Dès que le patient rentre dans le cabinet, l’œil expert du thérapeute commence son travail pour déceler toutes les informations nécessaires à l’élaboration du bilan énergétique.

La globalité

Concept cher à la MTC, la globalité est à la base de cette médecine et encore plus dans cette étape. Un coup d’oeil sur le patient peut révéler de nombreuses informations générales.

  • Sa morphologie : grand, fort, petit, faible, une silhouette fine…
  • Son attitude : timide, charismatique, souriant…
  • Ses mouvements : déplacements lents, rapides, réguliers, saccadés…
  • Son maintien : le dos bien droit, courbé

Le Shen

Ensuite vient la recherche du Shen de la personne. Le Shen est la manifestation de la vitalité chez tout être vivant. On peut le retrouver dans l’œil brillant de vie, dans un esprit clair et vif ou dans le teint de la peau. Il fournit une bonne indication sur le niveau d’énergie du patient.

Les 5 éléments

La théorie des 5 éléments nous indique les cinq sens et structures de chaque organe. Ils informent sur le niveau de santé de chacun d’eux.

  • Foie : yeux, muscles, tendons
  • Coeur : langue, vaisseaux sanguins
  • Rate : lèvres, chair
  • Poumon : nez, peau, poils
  • Reins : oreilles, dents, os, cheveux

La Langue

Et pour finir cette phase d’observation, l’examen propre à la médecine chinoise et très bon indicateur de santé, la langue reflète l’état physiologique des organes internes. De façon globale, on peut aussi voir le Shen de la langue lorsqu’elle est vive et éclatante.

Dans un premier temps, il faut observer le corps de la langue qui représente l’aspect interne de la maladie. Il faut alors déterminer sa couleur, sa forme et noter sa mobilité. Si le corps est rouge, il y a signe de chaleur interne. Si la langue est fine, cela indique un vide de Qi ou de Yin. Si la langue sort de travers ou tremble, cela exprime du vent.

Puis, dans un second temps, l’observation de l’enduit lingual permettra de définir l’aspect externe de la maladie. Il faut définir la nature de l’enduit, son état et aussi sa localisation.

Enfin, l’observation de l’état des veines sublinguales permettra de recueillir les dernières informations utiles.

L'examen - les différents organes sur la langue

L’audio-olfaction

Les sons

Des problèmes de voix ou de respiration révèlent de précieuses informations sur l’activité fonctionnelle du poumon et des reins.

Une voix forte représente deux tableaux différents selon la théorie du Yin et du Yang : un excès de Yang ou un vide de Yin. Seulement les autres signes permettra de différencier l’un des deux cas.

La respiration donne aussi des indications sur le vide ou la plénitude. Elle peut alors être forte, faible, avec ou sans halètement.

Et pour finir, il faudra aussi noter les différentes formes de toux : des toux sèches, des toux rauques, avec ou sans mucosités.

Les odeurs

Une personne en bonne santé n’aura pas de déséquilibre énergétique. Son odeur corporelle sera plutôt neutre. Par contre, dès que le déséquilibre s’installe, il peut entraîner des troubles olfactifs. Par exemple, des gaz peuvent être causés par un problème d’intestins, et un souci au poumon peut occasionner une transpiration dérangeante.

D’ailleurs, l’odeur de la chambre du malade est souvent porteuse d’information sur sa maladie ainsi que de son évolution.

En général, les odeurs fortes signifient de la chaleur dans le corps. Ainsi, une haleine fétide peut être générée par une chaleur de l’estomac. Mais attention de bien vérifier que l’origine ne soit pas juste un problème de dents !

Les gargarismes, les reflux gastriques et les vomissements fournissent des indications sur l’état de la maladie.

La palpation

La palpation est aussi une étape importante pour l’établissement du diagnostic en médecine chinoise.

Le but est de rechercher chez le patient des zones douloureuses, des nodules superficiels ou profonds, de prendre connaissance de la fermeté des tissus, de l’état des muscles et de la peau.

Les douleurs sont souvent de type vide ou plénitude. Le thérapeute peut les classer simplement en sachant si le fait d’appuyer dessus les soulagent.

De même, ressentir les différentes températures aux extrémités des quatre membres du patient permet de définir si la chaleur du corps est bien répartie.

Mais l’art de la palpation à l’échelle de la médecine chinoise se situe dans la prise des pouls.

Les pouls

Le thérapeute prendra les pouls sur les 2 poignets du patient et à 3 localisations différentes.

  • pouce (Cun)
  • barrière (Guan)
  • pied (Chi)
L'examen - Représentation des pouls

Qi-bai explique clairement dans le Ling Shu1Ling-Shu, « Des pouls et de la circulation » chap. 9, p. 92-93 paragraphe 62 la correspondance entre les énergies et les différentes localisations des organes internes.

  • sur la main droite : le poumon, la rate et le rein
  • sur la main gauche : le coeur, le foie et le rein

En MTC, 28 pouls pathologiques sont répertoriés. Ils ont différentes formes et vitesses, allant de pouls flottants, profonds, lents et rapides jusqu’à des pouls vides et pleins.

En fonction du ressenti du thérapeute, il pourra alors déterminer la localisation et la nature de l’affection.

L’interrogatoire

Pour les médecins bien instruits, si un interrogatoire des circonstances sur le début de la maladie est négligé, ils ignoreront alors la cause morbofique de celle-ci. Cela est la première faute de traitement2André Duron, « Étude des 5 fautes », Su Wen 3ème partie, Guy Trédaniel Éditeur, p. 285 chap. 77.

Su Wen

La dernière étape, loin d’être la moins importante dans l’examen de la médecine chinoise, est l’interrogatoire du patient. À la première séance, beaucoup de questions sont posées, ce qui explique la différence de durée avec les autres séances. Le thérapeute doit vous connaître le plus précisément possible pour  vous soigner au mieux.

D’ailleurs, le négliger fait parti d’une des 5 fautes du Su Wen. Les livres anciens sont très sévères quant aux médecins qui ne se fient qu’aux informations provenant de la prise de pouls et de l’examen de la langue.

Méthode d’investigation

La collecte d’informations est primordiale pour comprendre la maladie. Comme nous avons vu lors des trois autres méthodes de diagnostic, les signes et les symptômes guident le thérapeute.

Il est important de bien structurer cet interrogatoire en fonction de la demande du patient. Le but est de définir le bilan énergétique et non de l’assommer avec de multiples questions.

Aussi, un véritable travail d’enquêteur commence réellement lorsque le patient émet sa demande. Il faut remonter au moment de l’apparition de l’affection pour en comprendre le cheminement. Découvrir la trame de vie du patient permet de trouver des explications au déséquilibre énergétique.

D’ailleurs, des questions sur l’hérédité sont nécessaires pour savoir si des faiblesses existent au sein de la famille. N’oublions pas qu’à la conception de chaque être, chaque parent apporte une part d’énergie qui donnera une part du Jing. L’hérédité a donc une part importante dans les maladies.

Questions générales

Mais avant tout, les questions d’ordre général s’imposent. Elles ne répondent pas seulement aux aspects administratifs, mais bien pour compléter le tableau énergétique.

La situation familiale

  • le nombre d’enfants, important chez la femme.
  • des tensions face à un éventuel divorce.
  • une belle-mère envahissante 😉

La situation géographique

  • à côté d’un point d’eau (rivière, lac, mer…)
  • si l’endroit est humide (près d’une forêt, habitation mal isolée…)
  • si le lieu est constamment à l’ombre…

Le travail

  • une position assise de 8h par jour
  • une tension hiérarchique
  • une utilisation de produits toxiques

Les antécédents médicaux

  • historique complet

Le traitement médical

  • en cours
  • déjà pris

La « chanson des 10 questions »

Zhang Jing Yue (1563-1640), docteur en médecine traditionnelle chinoise, a établi une liste de 10 questions à poser. Il a lui-même rajouter, avec l’expérience, deux domaines dédiés aux femmes et aux enfants.

Les 10 questions :

  • Crainte du froid et fièvre
  • Transpirations
  • Tête et corps
  • Les deux excrétions (urines et selles)
  • Aliments et boissons
  • Poitrine et abdomen
  • Surdité
  • Soif
  • Maladies antérieures
  • Causes de la maladie

2 questions supplémentaires :

  • Les femmes
  • Les enfants

Les 16 questions

L'examen - l'interrogatoire

Certains domaines sont absents de ce questionnaire. Par exemple, aucune question sur la sexualité ou les émotions. Il est vrai qu’à l’époque, il était tabou de parler de sexualité, surtout si le médecin était de sexe opposé au patient. De même, bien que les émotions étaient prises en compte dans le diagnostic, le sujet était rarement évoqué…

Giovanni Maciocia, grande personnalité de la MTC, a reprit la chanson des 10 questions en l’actualisant. Il a ainsi rajouté 6 domaines de questionnements supplémentaires3Giovanni Maciocia, «Les principes fondamentaux de la médecine chinoise», Partie 4 : le diagnostic, p. 344 chap.24.

Douleurs

Les douleurs sont la partie visible de la maladie, elles sont variées et diverses, mais sont définies par différents paramètres.

La localisation

  • elles peuvent être sur le torse, sur les lombes, sur un membre particulier…
  • les céphalées frontales ne sont pas interprétées de la même manière que si elles sont sur le côté ou derrière la tête.
  • au niveau des organes

L'intensité

  • si les douleurs sont chroniques, aiguës ou brûlantes…

Facteur déclenchant

Facteur d'amélioration

Aliments et goût

Il est bon de s’enquérir des habitudes alimentaires du patient, mais aussi s’il manque d’appétit ou au contraire s’il a un appétit d’ogre. Certaines personnes ont aussi une sensation de faim sans envie de manger, c’est un point à noter.

Selles et urines

Sujet un peu moins glamour, mais très intéressant pour formuler le diagnostic. Les excrétions sont définies par la fréquence, les quantités, la couleur et l’odeur.
Pour les selles, en plus des mêmes critères précédents, il faudra détailler leur forme.

Soif et boissons

La soif est, en général, représentative d’une chaleur dans le corps. À contrario, l’absence de soif représente un froid.

Il faut noter aussi si la personne boit avec ou sans réelle envie de boire.

Niveaux d’énergie

Le thérapeute doit s’enquérir de l’état de son patient et s’assurer que son niveau d’énergie vitale est supérieur à celui de l’énergie perverse (Xie Qi).

Tête, visage et corps

Lors des 3 autres phases du processus des quatre temps, il n’est pas exclu de poser des questions. Par exemple, si le nez est irrité, s’assurer qu’il n’est pas bouché régulièrement. Si le visage est rouge, demander si des démangeaisons en sont la cause.

Poitrine et abdomen

Une oppression thoracique peut-être le symptôme d’émotions mal gérées. Des douleurs à l’abdomen peuvent impacter beaucoup d’organes et d’entrailles, des questions supplémentaires seront sûrement nécessaires.

Membres

Les méridiens principaux passent par les extrémités des quatre membres. Des douleurs à ces endroits signifient peut-être qu’il existe un blocage d’énergie sur un de ces méridiens.

Sommeil

Le sommeil est une phase importante tant dans la phase de récupération suite à la fatigue de la journée que dans le relâchement des émotions. Des rêves abondants, des insomnies ou des réveils trop matinaux ont tous une signification pour la médecine chinoise.

Transpirations

Les transpirations peuvent être abondantes, à grosses gouttes, ou simplement légères après un effort sportif. Elles sont localisées sur le corps tout entier ou sur une partie de la tête.

Oreilles et yeux

Tout ce qui touche aux oreilles est attribué aux reins : la surdité, les acouphènes. Et, selon les 5 éléments, la vue, les démangeaisons ou la sècheresse des yeux, la distension oculaire sont dépendant du foie.

Sensation de froid, sensation de chaleur et fièvre

La fièvre peut être avec ou sans crainte du froid, mais aussi avec ou sans frisson. Une alternance de froid et de chaleur laisse présager une lutte du corps contre la maladie.

Symptômes émotionnels

Comment ne pas prendre en compte l’état émotionnel du patient dans la maladie ? Bien sûr qu’une dépression, un stress important ou des crises d’angoisse sont génératrices de perturbations énergétiques.

Symptômes sexuels

L’impuissance, l’éjaculation précoce ou tout autres problèmes sexuels doivent être analysés au regard de la médecine chinoise.

Symptômes spécifiques aux femmes

Tout dysfonctionnement dans les menstruations est une bonne indication sur les pathologies liés au sang. Des retards, des irrégularités dans le cycle, le flux sanguin, l’aspect du sang et sa couleur apportent de précieuses réponses.

Symptômes spécifiques aux enfants

Les maladies des enfants sont un domaine particulier, il est bon de connaître les antécédents.

Références

1 Ling-Shu, « Des pouls et de la circulation » chap. 9, p. 92-93 paragraphe 62
2 André Duron, « Étude des 5 fautes », Su Wen 3ème partie, Guy Trédaniel Éditeur, p. 285 chap. 77
3 Giovanni Maciocia, «Les principes fondamentaux de la médecine chinoise», Partie 4 : le diagnostic, p. 344 chap.24
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